🖼️ Contexte
En tant que symbole et fondement de la vie démocratique, les élections constituent une cible de choix pour des acteurs étrangers malveillants désireux d’en déstabiliser le bon déroulement. Depuis l’élection présidentielle de 2017 en France, aucun rendez-vous électoral ou référendaire majeur n’a été épargné par des tentatives de manipulations de l’information en ligne impliquant des acteurs étrangers.
🎯 Stratégies
En contexte électoral, les ingérences numériques étrangères (INE) font peser une menace réelle et sérieuse sur le fonctionnement démocratique des sociétés visées. Principalement mises en œuvre au moyen de modes opératoires informationnels (MOI)[1] positionnés dans l’espace numérique, elles ont pour objectif ou pour effet de déstabiliser le processus démocratique et les institutions chargées de l’organiser et de l’incarner. Cet objectif malveillant peut être atteint au travers de plusieurs stratégies, déjà observées par VIGINUM lors de précédents scrutins :
1. La décrédibilisation de la procédure électorale
Cette stratégie a pour objectif de délégitimer le processus électoral pour pouvoir en contester le résultat, notamment en le présentant comme faussé, insincère, inutile, voire manipulé par les autorités garantes de son bon fonctionnement.

Elections municipales 2026 I VIGINUM a détecté la diffusion sur Telegram « d’une vidéo usurpant le logo et l’identité du média français 20 Minutes, prétendant que plus de la moitié des officiers de police parisiens aurait décidé de faire grève en amont des élections municipales françaises. » Cette opération est reliée aux modes opératoires Storm 1679 et Matriochka.
2. La polarisation du débat politique autour de thématiques clivantes
Cette stratégie consiste pour une puissance étrangère à amplifier de manière artificielle ou inauthentique la visibilité de certains sujets sensibles, susceptibles d’influencer les décisions des électeurs, afin de nourrir la polarisation du débat public et d’accroître ses divisions (politiques publiques, place des minorités, violences policières, débats religieux, etc.).

Elections municipales 2026 I VIGINUM a détecté la création de deux écosystèmes antagonistes diffusant d’une part des doctrines souverainistes, identitaires, catholique et conservatrice, et d’autre part des doctrines de communautarisme musulman et des narratifs inspirés du socle idéologique salafiste. Cette opération est liée au MOI Rokh Solis.
3. L’alimentation de la défiance vis-à-vis des médias du pays visé
Cette stratégie vise à délégitimer les médias pour remettre en question l’authenticité des informations diffusées, semer la confusion et pousser les citoyens à se réorienter vers des sources d’informations inauthentiques, manipulées ou fabriquées de toutes pièces, susceptibles d’être administrées par des acteurs étrangers.

Elections municipales de 2026 I VIGINUM a détecté l’enregistrement de plus d’une centaine de noms de domaine en « .fr » imitant des sites de presse locaux. Cette opération est mise en œuvre par les MOI Copy Cop et Storm 1516.
4. L’exposition réputationnelle d’un candidat ou d’un parti politique
Cette stratégie a pour objectif de modifier la perception de l’opinion en dénigrant un candidat ou en le promouvant, à travers différentes tactiques, techniques et procédures.

Elections municipales 2026 I VIGINUM a détecté un site se présentant comme le blog d’une prétendue ancienne collaboratrice d’un candidat qui émettrait des accusations de viol à son encontre et chercherait ainsi à briser « le silence » via ce blog. Cette opération provient du MOI Rokh Solis.
💥 Impact
La question de la mesure d’impact ou du risque d’impact d’une opération d’ingérence numérique étrangère constitue un défi majeur pour les acteurs engagés dans la lutte contre les manipulations de l’information. En effet, l’objectif est de dépasser une lecture limitée aux indicateurs de visibilité (vues, likes, etc.) offerts par les plateformes – et dont la fiabilité ne peut être contrôlée – pour s’intéresser à l’analyse des effets notamment sociologiques, politiques, ou économiques, susceptibles d’être engendrés, de manière volontaire ou non, par ces INE. Évaluer leur risque d’impact suppose nécessairement de la prudence et une approche combinant des indicateurs quantitatifs et qualitatifs variés.
Pour en savoir plus sur le sujet.
Indicateurs de visibilité versus impact
Se fondant sur l’analyse des données collectées et en prenant en compte les précautions mentionnées supra, les différentes opérations détectées et caractérisées durant les élections municipales de 2026 n’ont eu qu’une visibilité limitée, ainsi qu’un impact qualifié de faible sur le débat public numérique national durant la campagne électorale. Ceci s’explique notamment, d’une part, par le fait que la plupart de ces opérations ne sont pas parvenues de manière organique à sortir de leur réseau inauthentique d’origine, et, d’autre part, par l’efficacité des mesures d’atténuation mises en place par l’ensemble des acteurs de l’écosystème.
Un jeu d’équilibre
La reprise politique ou médiatique d’un contenu peut contribuer malgré elle à la visibilité et l’impact de l’opération. En effet, dans certain cas, une prise de parole publique ou la publication d’un article produit un écho plus important que le contenu isolé diffusé par des moyens inauthentiques[2].
Comment faire pour ne pas alimenter l’impact des INE ?
Il n’y a pas de réponse unique à ce serpent de mer. L’important est de trouver un équilibre entre l’information nécessaire du grand public et la participation indirecte au jeu des acteurs malveillants. En effet, repartager un contenu dans un post ou dans un article permet de donner de la visibilité au contenu initial[3]. En outre, il a été démontré par l’étude des fuites de données de la Social Design Agency (SDA)[4], une entreprise russe opérant des ingérences informationnelles, que les reprises médiatiques et politiques des contenus justifient la réussite d’une opération au commanditaire initial. Elles permettent au prestataire de valoriser ses services et justifier la poursuite de ses activités. Enfin, la sur-publicité des opérations contribue également à alimenter le mysticisme envers certains acteurs qui paraitraient omnipotents dans le domaine.
📋 Pour aller plus loin
RAPPORT
Le rapport complet de VIGINUM sur les élections municipales de 2026

Protection du débat public contre les ingérences numériques étrangères durant les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 – Viginum | SGDSN.
Protection du débat public contre les ingérences numériques étrangères durant les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 – Viginum | SGDSN
Rokh Solis : Analyse d’un mode opératoire informationnel ayant ciblé les élections municipales de mars 2026 – Viginum | SGDSN
Protection du débat public numérique en contexte électoral – Publication d’un guide de sensibilisation – Viginum | SGDSN
Manipulation d’algorithmes et instrumentalisation d’influenceurs : enseignements de l’élection présidentielle en Roumanie & risques pour la France – Viginum | SGDSN
La chaîne YouTube – Viginum | SGDSN
[1] VIGINUM définit un mode opératoire informationnel (MOI) comme un ensemble de comportements, d’outils et de tactiques, techniques et procédures (TTP) adverses présumés liés au même acteur malveillant ou groupe d’acteurs malveillants, qui peut être inconnu. Pour en savoir plus.
[2] Étoiles bleues, mains rouges : les télévisions et radios françaises instrumentalisées par la Russie – La Revue des Médias.
[3] Edouard Philippe, Raphaël Glucksmann, Gabriel Attal pris pour cibles par des ingérences russes : pourquoi il peut être contreproductif de dénoncer ces opérations – Le Monde.
[4] La guerre numérique de Vladimir Poutine – Le Grand Continent
✍ Exercices
Quelles sont les stratégies mises en œuvre par les acteurs malveillants en contexte électoral ?
Depuis 2017, combien de rendez-vous électoral ont été épargnés par les ingérences numériques étrangères ?
Lequel de ces modes opératoires informationnels n’a pas ciblé des échéances électorales ?
Ce module a été rédigé par les équipes de VIGINUM, le service technique et opérationnel de l’État chargé de la vigilance et de la protection contre les ingérences numériques étrangères.
La création de VIGINUM, le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères, par décret n°2021-922 du 13 juillet 2021, est venue compléter le dispositif français de lutte contre les ingérences numériques étrangères. Ce service opérationnel à compétence nationale est rattaché au secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), qui est en charge de la conduite des missions interministérielles dans le domaine de la défense et de la sécurité nationale. VIGINUM a pour principale mission de détecter et de caractériser les opérations d’ingérence numérique étrangères. Pour accomplir ses missions, VIGINUM mène de méticuleux travaux de recherche et d’investigationen OSINT (recherche en sources ouvertes) qui impliquent d’analyser des données publiquement accessibles sur les plateformes en ligne, parmi lesquelles peuvent figurer des données à caractère personnel. A ce titre, VIGINUM a été autorisé par décret du 7 décembre 2021 à mettre en œuvre un traitement automatisé de données à caractère personnel.